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La société au XVIIème siècle.

Et d'abord, le Seigneur.

Il habite toujours le château d'Agassac, mais la vieille forteresse se dépouille peu à peu de son armature de guerre pour se transformer en maison de campagne. La construction des édifices est toujours en rapport avec l'état des mœurs et des institutions. Agassac restera encore, pendant tout le XVIIème siècle, une maison forte avec pont-levis et hommes d'armes, car le pays n'est pas absolument sûr, et les bandes du duc d'Épernon ravageront encore Ludon pendant la Fronde. Ce n'est qu'au siècle suivant que le château sera entouré de jardins et deviendra la belle résidence d'agrément que nous connaissons.

Souverain dans son village, le seigneur haut-justicier prenait possession de sa terre avec le cérémonial d'un souverain. Il faisait une entrée solennelle ; les officiers de justice et le peuple étaient requis de le reconnaître pour vrai et légitime seigneur. À l'église, ses prérogatives honorifiques sont essentielles. Un banc lui est réservé dans le chœur ; le prêtre l'attend pour commencer l'office. On l'encensait le premier ; au prône, le curé le recommandait aux prières des assistants. Partout sont apposées les marques de sa suprématie ; ses armes sont représentées sur son banc et sur l'autel. À sa mort, on l'enterrait dans le chœur. Quand il habitait ses terres, il y menait un train princier, et cette résidence était une source d'aisance pour les habitants. Le paysan préfère l'autorité directe du gentilhomme à celle de ses représentants. Le seigneur connaît tous ses vassaux par leur nom et prend parmi eux ses domestiques et serviteurs. Il s'intéresse à leur vie. Il est souvent témoin à leurs mariages et sa femme, ses fils ou ses filles, tiennent, comme lui, leurs enfants sur les fonts baptismaux. En somme, au XVIIème siècle, les relations entre le seigneur et les habitants sont généralement empreintes de confiance et d'une certaine familiarité. II en est particulièrement ainsi à Ludon où la famille de Pomies réside depuis le début du siècle.

Les gentilshommes.

Dans le voisinage du seigneur vivent les gentilshommes qui sont d'ailleurs presque tous ses parents. Ils ne sont pas très nombreux à Ludon. Ils habitent Bordeaux et viennent passer la belle saison sur leurs terres. Ce sont : Jehan de Malleret, écuyer ; Jean de Villeneuve, écuyer, seigneur de Saugves ; François de Girauld, seigneur de Giscours ; Jean de Pomies, écuyer, seigneur d'Angludet ; M. de Meytivier, président à la Cour des Aides, au Cap de Ramond ; Jean de Gautreteau, mari de damoizelle Marie de Villeneuve.

Les serviteurs.

Enfin, dans l'entourage immédiat du seigneur, mentionnons les serviteurs et domestiques qui sont fort nombreux à la campagne. Il n'est pas rare d'en trouver quinze ou vingt dans des maisons relativement modestes. Il est vrai qu'on les payait fort peu, mais on les nourrissait. Le paysan qui faisait partie de la domesticité du seigneur croyait s'élever au-dessus de sa condition et, souvent, c'était pour lui un moyen d'en sortir.

La justice.

Le droit de justice est un des plus importants attributs de la souveraineté du seigneur. Au Moyen-âge, le seigneur jugeait lui-même. Mais ce droit de haute, basse et moyenne justice, d'apparence si formidable, ne consiste plus, au XVIIème siècle, que dans la nomination du juge. La difficulté des communications a multiplié les juridictions ; le goût des procès fait pulluler les gens de loi. Le démon de la chicane règne au village, soigneusement entretenu par eux, et les sangsues des paysans sont moins les seigneurs que les procureurs.

Nous trouvons à Ludon un juge, un procureur d'office, un greffier, un notaire, un sergent royal ou huissier. Ces gens de loi se recrutaient parmi les paysans, comme les curés de campagne, les chirurgiens, les employés des tailles et des gabelles, et forment, entre le peuple et les gentilshommes, une sorte de classe intermédiaire à laquelle on pourrait donner le nom de bourgeoisie, bien que ce nom soit réservé aux habitants des villes.

Le juge tient la première place. Il est même quelquefois d'une classe plus élevée et habite la ville. Son influence fut longtemps prépondérante ; c'est lui qui représente le seigneur et préside les assemblées. Peu à peu cependant, à mesure que la main de l'intendant va resserrer son étreinte, le pouvoir du juge fut réduit à ses fonctions judiciaires. Celles-ci furent d'abord très étendues. La haute justice concernait les crimes entraînant la peine capitale. La moyenne justice ne pouvait frapper d'une amende supérieure à soixante sols parisis. La basse justice était encore plus restreinte. Mais les cas royaux et prévôtaux, qui relevaient de la seule justice royale, deviennent de plus en plus nombreux et échappaient au juge campagnard. Tels étaient la rébellion, la fausse monnaie, l'hérésie, le sacrilège, le rapt, le parricide.

Enfin, le condamné pouvait toujours en appeler au Parlement à Bordeaux et, dans ce cas, il était transféré de la prison du château en ville. Il n'y avait pas généralement de tribunal dans les campagnes ; on jugeait sur la voie publique, sous le porche de l'église, dans une salle du château ou, la plupart du temps, au domicile du juge.

Guillaume Dodin, juge des juridictions de Macau et Agassac, est une des principales figures de Ludon à cette époque. Il est notaire royal à Bordeaux, paroisse Saint-Projet, lorsqu'il épouse, en 1628, Marguerite de Labayme, fille de feu M. de Labayme, de son vivant juge de Ludon, et il remplace son beau-père. Il mourut avant 1650. Un Pierre Dodin est procureur au Sénéchal et Siège présidial de Guienne, et habitait, rue Despujol, au bout de la rue de Mérignac, paroisse Saint-Pierre, en 1729. Les Dodin avaient conservé probablement leur propriété à Ludon. Celle-ci existe encore et appartient aujourd'hui à M. Charles Pineau. C'était une maison forte dont nous avons une gravure. Il est probable que ce sont les Dodin, lorsqu'ils trouvèrent leur maison forte trop inconfortable, qui firent bâtir le château Lemoine-Nexon, aujourd'hui à la famille Serveaux. En 1677, Jean Fau, époux de Charlotte Aubert, est juge d'Agassac et le restera jusqu'à sa mort, en 1693.

Auprès du juge seigneurial était le procureur d'office. Il était à la fois l'organe du seigneur et du public. Il s'occupait des intérêts des mineurs, de la poursuite des crimes, du maintien de la police ; il surveillait la perception des droits seigneuriaux. Arnaud d'Insartiague, procureur d'office de la juridiction et baronnie d'Agassac, mourut en 1641. Il avait épousé Jeanne Duteil. Nicolas Seguin, son successeur, avait épousé Françoise Fau, morte en 1646, et s'était remarié en 1648 avec Nicole Olivet, de Macau. Pierre Gineste est procureur d'office en 1657. Il avait épousé Marguerite de Labayme, veuve de Guillaume Dodin. Raymond Martin lui succéda en 1663. Guillaume Vergne est procureur d'office en 1688.

Les tabellions ou notaires sont trop nombreux pour que leurs charges soient importantes, aussi, la plupart du temps, cumulent-ils leurs fonctions avec celles de procureur d'office ou de lieutenant du juge. Arnaud Aumailley, notaire royal à Ludon, mourut en 1624. Son successeur fut Anthoine Seguin, mort en 1663. Le fils de ce dernier, François Seguin, né en 1634, fut notaire royal et greffier à son tour. Jean Péroa, fils du chirurgien, est notaire royal et procureur d'office d'Agassac en 1713. Louis Guilhem est greffier en 1694.

Après les notaires, et encore plus besogneux, vient le sergent royal qui remplaçait alors l'huissier ; enfin, mais plus redoutés et plus respectés que ces derniers, notons les cavaliers de la maréchaussée, institués par François 1er pour réprimer les excès des gens de guerre et des vagabonds qui parcourent constamment la campagne au nom du roi.

Les médecins et chirurgiens.

Les médecins habitaient généralement la ville ; quant aux chirurgiens, ils savent surtout saigner et purger et cumulaient, la plupart du temps, leur emploi avec celui de barbier. Ils tiennent boutique où on trouve tous les instruments nécessaires à leur profession : rasoirs, cuillère pour gonfler la joue du patient pendant l'opération, ciseaux, lancettes pour la saignée, seringues de tous calibres. Ils arrachent les dents et sont aussi apothicaires. C'est presque toujours le père qui a instruit le fils dans son art. Leurs études sont nulles et leur bagage scientifique bien mince. Les chirurgiens sont nombreux et, par suite, de condition modeste.

Dominique de Lacostille est maître-chirurgien à Ludon en 1644. Gilles Descomps, également chirurgien en 1648, est appelé ailleurs homme d'armes d'Agassac et barbier.

Pierre Péroa, maître-chirurgien (1639-1697) eut comme gendre Jean Savaut, maître chirurgien, qui venait de s'installer à Ludon quand il épousa damoiselle Peyronne Péroa, en 1698. Enfin, le 2 août 1695, Guillaumine Péroa, fille du chirurgien, épouse Jean Lescarret, de la paroisse de Saint-Michel de Bordeaux, également chirurgien, qui s'établit à Ludon.

Ainsi se créaient des relations parmi tous ces gens fixés au village, auxquels il faut ajouter les intendants et les régisseurs des grandes terres seigneuriales qui y résidaient toute l'année, qui s'enrichirent plus d'une fois au détriment de leurs maîtres et rachetèrent leurs domaines. Un tel état de choses explique le nombre de plus en plus fréquent des mariages nobles avec des roturières qui eurent lieu dans la seconde moitié du XVIIIème siècle.

Les paysans.

Il y a longtemps que le servage a complètement disparu en Médoc ; les droits féodaux sont tombés, avec la dépréciation de la monnaie, à des redevances (servitudes) de moins en moins lourdes, et les banalités sont en déconfiture. Par contre, la dîme est odieuse et les impôts sont très lourds (mais le sont-ils moins aujourd'hui ?) Si les impositions communales sont librement discutées et consenties par les habitants de la paroisse, les contributions royales sont imposées, et très injustement d'ailleurs. Cette inégalité dans la répartition de l'impôt a été un des vices les plus criants de l'ancien régime.

La principale contribution était la taille-impôt sur le produit du travail et de l'industrie de chaque habitant. Le rôle est publié un dimanche à la sortie de la grand'messe et les collecteurs sont désignés par l'élection. Ces employés des tailles et des aides, bien que choisis par eux, sont détestés du paysan qui se plaint de leur insolence et de leur brigandage. Il les hait profondément, tandis qu'il contemple d'un œil plus indulgent les cavaliers de la maréchaussée qui le défendent contre les malfaiteurs et les soudards.

La sécurité du paysan s'est accrue, en effet, depuis que les excès des gens de guerre, dont il a tant souffert, sont presque définitivement réprimés. Devenu propriétaire, il travaille plus que le serf du Moyen-âge. L'amour du travail a toujours été la première qualité du paysan médocain. Chef de famille, il augmente cette dernière en même temps que son bien. La famille rurale a acquis une importance sociale telle que l'individu ne possède d'ordinaire de droits communaux que s'il est chef de famille. On ne compte pas la population par tête mais par feux ; c'est le groupe de famille qui est l'unité dans la communauté pour l'élection, le recensement, la répartition des tailles.

Le paysan est maître chez lui et personne ne saurait violer sa demeure, si ce n'est l'employé des gabelles, le collecteur des tailles, avec lesquels il est en lutte perpétuelle.

À Ludon, la vie est paisible. Le seigneur est absent une partie de l'année ; ses représentants sont des gens du pays, avec lesquels on peut s'entendre. Il y a cependant un droit féodal qui subsiste intégralement, soulève de nombreuses plaintes et même parfois des rixes, c'est le droit de chasse sur les terres du seigneur.

Quelle est l'existence matérielle au jour le jour de ces paysans du XVIIème siècle ? Il est très difficile de le dire, car la vie des petits et des humbles n'a point d'archives. Nous trouvons cependant de précieuses indications dans les inventaires dressés après décès. Certains ustensiles, certains meubles, nous révèlent les habitudes et les mœurs. Et, tout d'abord, la demeure est-elle aussi sauvage qu'on a bien voulu le dire ? Encore, de nos jours, il y a trop de différence entre les habitations de certaines parties du Périgord, par exemple, et celles de la Gironde, pour ne pas admettre que, déjà, au XVIIème siècle, le paysan médocain est à peu près convenablement logé. Evidemment, la maison est presque toujours sans étage, sans carrelage ni plancher et sans vitres, mais le mobilier décèle un certain confort. Il y a des pays, comme les Landes, où la famille rurale vit avec les bestiaux pour avoir plus chaud l'hiver ; ce n'est pas spécialement le cas en Médoc.

À l'intérieur de la chaumière, dans l'unique pièce souvent très basse, dans la grande cheminée, centre de la maison, on voit les landiers géants, l'indispensable crémaillère, le coin des vieux parents avec son banc, et tous les ustensiles nécessaires : le gril ou rostier, la poêle, les pots de terre, les chaudrons, parfois des torches, le plus souvent les chandeliers et les lampes de cuivre ou de fer à un, trois ou cinq feux ; au-dessus de l'âtre, une hallebarde, une arquebuse, parfois un fusil, luxe considérable.

On mange dans des écuelles de terre ou de bois, mais c'est l'étain qui domine pour la vaisselle comme pour les gobelets ; la faïence et l'argenterie sont réservées aux bourgeois. Comme mobilier, une grande table au milieu de la pièce et, tout autour, des bancs ou bien des coffres ferrés et fermant à clef, qui servent à la fois de sièges, d'armoire et d'escabeau pour monter dans le lit. Ce dernier est souvent à colonnes et toujours avec ciel et rideaux. Il est fort rare de trouver un petit miroir. La nourriture est plutôt grossière et parfois précaire et incertaine. Le paysan doit compter sur sa récolte ; il vit au jour le jour et ne peut faire venir de loin le blé qui lui manque. Aussi connaît-il la famine dans les années de disette, et il est menacé de mourir de faim. Le pain est la base de l'alimentation. Le pétrin, la huche, et très souvent le four, se trouvent dans toutes les maisons. Ce pain, trop souvent mêlé d'orge, de seigle et d'avoine, accompagne la soupe, la bouillie de maïs ou de châtaignes, les fèves et les haricots. Il y a encore le lait, les œufs, les poules, parfois du gibier, mais la viande est rare et forme un régal exceptionnel. C'est la chair du porc qui est presque exclusivement en usage.

Paul Duchesne, La chronique de Ludon en Médoc, Rousseau frères, Bordeaux, 1960, p.64-75.

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