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La vie de la commune au XXème siècle.

Les heures déchirées.

« La paix n'est que l'intervalle entre deux guerres. » Qui aurait pu penser que cette boutade d'un historien deviendrait une rigoureuse vérité dans la première partie de ce vingtième siècle si civilisé ?

- 1913. Après les « Balkans en feu », c'est « l'Europe sous les armes », nous disent les mémoires du Président Raymond Poincaré.

- 1914. Le 1er août, à la suite d'une tension politique intense en Europe pendant les dernières semaines, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Le tocsin commença à sonner vers cinq heures du soir, dès que la mobilisation générale fut affichée par les soins de la gendarmerie. La population montra une résolution froide, pleine de dignité, laissant prévoir cette ténacité dans la guerre qui nous donna la victoire. Les hommes partirent avec élan. Ces générations dont les pères avaient subi l'injustice du traité de Francfort vibraient de l'occasion qui leur était offerte de recouvrer les provinces perdues. Certes, la France n'avait pas voulu la guerre, mais cette mâle résolution des soldats de 1914 fit oublier bien des douleurs. Après la mobilisation générale, ceux qui restaient s'organisèrent, au point que le conseil municipal put refuser toute aide étrangère pour les vendanges. Et, pendant quatre ans, ce fut la lutte incessante des représentants de la commune contre la taxation, la hausse des prix et les réquisitions.

- 1915. Mort du docteur Lafarelle, conseiller municipal. La fin prématurée de cet homme bon, aimable et dévoué, suscita les regrets unanimes et profonds de ses concitoyens.

- En mai 1918, le maire annonce au conseil municipal la mort d'un de ses membres, le capitaine adjudant-major baron Paul de Floris, tué à l'ennemi.

- Le 20 octobre, le conseil municipal de Ludon adresse l'expression de son admiration et de sa reconnaissance émue aux armées françaises et alliées qui achèvent si vaillamment de libérer le sol de la patrie. Il prie en même temps M. Georges Clemenceau, président du Conseil et ministre de la Guerre, de vouloir bien agréer ses respectueuses félicitations pour la vigoureuse impulsion qu'il a su donner à la conduite de la guerre. Clemenceau répondit par la dépêche suivante : « Monsieur le Maire, très touché des sentiments que vous m'exprimez au nom du Conseil municipal de Ludon, je vous adresse mes bien vifs remerciements ».

- 1919. Le 14 juillet, fêtes de la Victoire à Paris. Le lieutenant Paul Duchesne, conseiller municipal de Ludon, a l'honneur de défiler sous l'Arc-de-Triomphe, porteur du drapeau de son régiment, le 344° d'infanterie.

M. Elysée Frouin, député de la Gironde, préside le banquet offert par les habitants de Ludon et la municipalité aux anciens combattants pour fêter la victoire.

- 1921. Le 9 janvier, M. Paul Duchesne est élu maire de Ludon en remplacement de M. Réneteau, démissionnaire. Auparavant, le conseil avait été complété par l'élection de M. Léon Roux qui remplaça M. Bacon de Lavergne, décédé. Le maire Réneteau avait été bassement attaqué pour sa gestion municipale. Le nouveau maire se plut à rendre hommage au dévouement et à la probité de son prédécesseur, ainsi qu'à ses principes d'ordre et d'économie.

Le 4 avril, le conseil décide de n'accepter, comme trophées de guerre, que deux mitrailleuses allemandes Maxim et quelques gros obus de 280.

- Le 29 mai, le conseil, après discussion, décide qu'il n'y a pas lieu de changer la forme primitive du clocher et charge M. le maire de procéder le plus tôt possible à cette restauration.

La commune adopte comme filleule de guerre la petite commune de Priez, dans le département de l'Aisne, qui a été en partie détruite par l'ennemi.

- 1923. Le 5 août, le conseil décide que le cimetière sera agrandi d'un tiers de sa superficie dans la direction de l'est.

- 1924. Le 17 février, M. Gaston Plaze est nommé garde-champêtre en remplacement d'Etienne Seguin qui prend sa retraite après 30 années de loyaux services.

- Le 9 août, un pont-bascule est installé sur la place de l'Arbre de la Liberté par les soins de la municipalité.

- 1926. Le 14 février, élargissement de la ruette de Bacalan qui devient la rue Ernest-David.

- Le 13 mai, visite de M. l'abbé Bergey, député de la Gironde. Voici le procès-verbal dressé à la mairie après le vin d'honneur qui lui fut offert : « L'an 1926 et le 13 mai, à 10 heures, M. l'abbé Bergey, député de la Gironde, a honoré de sa présence l'hôtel de ville de Ludon, accompagné de M. Georges Miqueau, conseiller général ; de M. Henri Langlois, président du Conseil d'arrondissement ; de M. l'abbé Delhomme, curé de Ludon ; le colonel Léon Bordessoule ; M. Carteau, directeur de la fanfare ; M. Jean Hontaas, président de la section des anciens combattants de Ludon ; M. Charles Terlet, président de la Société musicale ; le docteur Gérard Quéheille, Mme Kemmerer, président de la Société des jeunes filles « Les Bérets blancs » ; M. Paul Duchesne, maire ; M. Bourguignon, adjoint ; Messieurs les Conseillers municipaux, et tous ont signé le présent procès-verbal, ainsi que les anciens combattants. »

- Le 30 mai, le conseil décide de donner son adhésion à la constitution du syndicat qui a pour objet la création et l'exploitation d'une distribution d'énergie électrique sur le territoire de la commune. Par suite, il accepte la quote-part des dépenses incombant à la commune, soit 146 000 francs. Cette somme sera réalisée par emprunt public au moyen d'obligations émises à 6 %, amortissables en 30 ans.

- 1927. Le 6 février, M. Léon Roux est élu adjoint au maire en remplacement de M. Raoul Bourguignon, décédé. M. le Maire prononce l'éloge funèbre de M. Bourguignon, homme aimable et dévoué, au jugement sûr, dont la disparition a laissé dans la population d'unanimes regrets. M. Jacques Combes est élu adjoint au maire en remplacement de M. Léon Roux, décédé.

- 1928. Le 12 février, le conseil, après toute explication donnée sur la circulaire ministérielle du 10 novembre 1927, concernant l'exécution des charges pieuses dont étaient grevés les biens d'origine ecclésiastique attribués aux établissements publics, donne avis favorable à la cession des titres de rente en question à l'Association cultuelle de Bordeaux. Le conseil municipal de Ludon, qui avait tenu à bien spécifier qu'il agissait en pleine liberté, fut le premier dans le département à prendre cette décision.

- Le 4 août, M. Jean Odin, député de la Gironde, préside le banquet annuel des anciens combattants.

- Le 31 mai, le maire donne connaissance au conseil municipal d'une lettre de Mme la baronne Paul de Floris disant qu'elle et ses enfants offrent à la commune le terrain nécessaire à l'agrandissement du cimetière en souvenir de leur mari et père, le capitaine Paul de Floris, conseiller municipal, mort pour la France.

- 1931. Le 29 novembre, M. Marcel Laroza est élu maire en remplacement de M. Paul Duchesne, démissionnaire. M. Ulysse Martin est élu premier adjoint en remplacement de M. Combes, décédé ; M. Gabriel Castaing est élu deuxième adjoint.

- 1933. Le 2 septembre, le conseil donne avis favorable à la demande de M. Paul Duchesne d'effectuer des fouilles archéologiques dans le jardin de la mairie pour essayer d'obtenir quelques précisions sur les origines de la commune. Les travaux furent immédiatement entrepris. Dès le deuxième jour, un grand sarcophage apparut, puis d'autres sarcophages moins bien conservés, et enfin une sépulture primitive, dite barbare, composée de moellons recouverts d'une grande pierre plate. Le crâne du squelette qui s'y trouvait était placé dans une alvéole faite à dessein dans la pierre. L'absence complète de mobilier funéraire ou d'inscriptions doit faire écarter l'idée que ces tombeaux sont gallo-romains ou mérovingiens. On peut supposer qu'ils sont de la même époque que l'église, c'est-à-dire du XI ou du XIIème siècle.

- 1934. Le 18 février, M. l'Ingénieur en chef du Génie rural ayant proposé à la commune l'électrification des écarts, le conseil donne avis favorable et nomme une commission qui étudiera le projet.

- Le 10 juin, M. l'abbé Delhomme, curé de Ludon, est nommé aumônier de Notre-Dame des Lorettes à Bordeaux.

- Le 29 juillet, M. l'abbé Commanay est nommé curé de Ludon.

- 1937. Le 4 avril, M. l'abbé Réau est nommé curé de Ludon.

- Le 19 septembre, le maire fait abandon à l'instituteur de la pièce qui avait toujours servi de bureau aux maires de Ludon, et les archives et souvenirs du vieux Ludon, rassemblés avec soin par les municipalités précédentes, restent en détresse.

- 1939. Le 25 juin, la municipalité prend à sa charge les sonneries des cloches de l'église le matin, à midi et le soir.

1939-1945 : lire l'article sur la Seconde Guerre Mondiale, cliquez ICI.

Cette année 1945 voit le retour des prisonniers de guerre et des déportés civils en même temps que la progression de nos troupes sur le Rhin et l'effondrement de l'Allemagne. Ludon accueillit ses enfants perdus avec joie.

- 1946. Le 29 mars, le conseil vote les fonds nécessaires pour l'électrification des écarts et de la palu. Les travaux sont immédiatement entrepris.

12 mai. Ce jour, à quinze heures, a lieu l'inauguration du stade municipal, sous la présidence de M. Fernand Audeguil, député de la Gironde.

- 1947. Le 9 février, une consultation gratuite des nourrissons est organisée dans la commune et pour les communes avoisinantes, sous la direction du docteur de Latouche.

- 1949. Le 18 avril, première grande fête de la terre avec concours-exposition d'animaux et de matériel agricole. Après la messe, jeux folkloriques pour les enfants des écoles, dans le parc de la mairie. Cette fête si réussie et attendue - car, vraiment, Ludon est un centre d'élevage - a pu être réalisée grâce aux efforts de la municipalité. Elle devait se renouveler chaque année avec un succès toujours croissant. Sous la présidence de M. le préfet de la Gironde, de nombreux parlementaires et les maires voisins y assistaient. M. Hertig reçut ses invités à déjeuner et, dans la soirée, un grand bal clôtura la fête.

- Le 3 juin, le foyer rural de Ludon est créé. En feront partie de droit : la municipalité, les membres de l'Enseignement public exerçant dans la commune, les présidents des sociétés locales.

- 1952. 27 avril. La fête de la terre prend cette année un éclat inaccoutumé avec la présence effective de MM. Lahillonne, préfet de la Gironde, et Chaban-Delmas, maire de Bordeaux.

Les Piqueurs de Guyenne se firent entendre pendant la messe et à plusieurs reprises dans la journée qui fut clôturée par un brillant concours hippique, le premier que Ludon ait vu. M. Louis de La Verhne présidait cette réunion sportive.

- Le 24 mai, le docteur de Latouche, devant quitter Ludon, donne sa démission de conseiller municipal. M. Louis de La Verhne est élu premier adjoint. La séance se termine par une aimable adresse au docteur de Latouche. Le maire le remercie des services qu'il a rendus et lui exprime les regrets de la population de le voir partir.

- Le 12 octobre, le nouveau puits artésien est réceptionné officiellement par le conseil municipal. Après cinq mois de travail, une profondeur de 270 mètres a été atteinte et la source ainsi captée donne un débit de 50 000 litres à l'heure. C'est un très beau résultat qui sera d'ailleurs exploité.

- 1955. Le 1er mai, le syndicat intercommunal d'adduction d'eau pour alimenter en eau potable les communes de Ludon et de Macau, et peut-être celle de Labarde, est constitué. Il portera le nom de « Syndicat des Eaux de Ludon-Macau ». Cette œuvre de longue haleine et d'une si grande utilité fait le plus grand honneur à ceux qui l'ont réalisée. Ainsi, bien loin de sommeiller, la commune se modernise et s'embellit. Elle peut rester fière de ses enfants. Petite patrie au sein de la grande, libérée et victorieuse, Ludon-en-Médoc poursuit sa destinée.

Paul Duchesne, La chronique de Ludon en Médoc, Rousseau frères, Bordeaux, 1960, p.209-225.

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