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La gestion des eaux de la Jalle dès 1635.

1635. Les manants et habitants de la paroisse de Ludon, juridiction d'Agassac, Ludon et Macau dehors, avaient droit de padouentage dans les raux de Ludon appartenant à Messire Joseph de Pomies, conseiller du roy en sa cour de Parlement de Bordeaux, seigneur et baron d'Agassac, des maisons nobles de Peyres, Lamothe et autres lieux. Or, les dits manants et habitants, voyant les raux qui leur étaient même inutiles et qu'ils ne pouvaient plus tirer de mathe ni paccager leur bétail comme ils avaient accoutumé, prièrent le dit seigneur d'agréer qu'on recherchât la cause de ce mal pour y pourvoir ; à quoi le dit seigneur ayant consenti, les dits habitants firent venir sur les lieux M. Criston, conseiller du roy, élu en l'élection de Bordeaux, lequel, en vertu de la commission décernée sur la requête des dits habitants, dressa son procès-verbal de ce qui lui avait apparu que les eaux du moulin du Poulet n'avaient plus leur cours ordinaire par les raux pour se décharger dans la mer au lieu du Despartins, mais se jetaient toutes à la coste à l'endroit où la mathe se tire et propre pour le pacage et qu'il était nécessaire de faire un canal ou estey depuis le bois d'Agassac jusqu'au lieu du Despartins.

1639. À la suite de cette expertise, en l'année 1639, au mois d'août, le seigneur de Pomies, ensemble le seigneur d'Arès, coseigneur de Parempuyre, se rendirent derrière le dit bois pour désigner le lieu du dit canal par où les dites eaux devaient passer. Il en fut passé concordat entre les dits seigneurs et tout soudain les habitants de Ludon commencèrent à faire travailler à ouvrir le dit canal et estey devers le bois d'Agassac et empruntèrent, pour faire la dépense, la somme de cent cinquante livres qu'ils mirent ez mains d'Arnaud d'lnsertiague, procureur d'office d'Agassac. Comme aussi le seigneur d'Arès fit faire quelque travail du côté du Despartins, en exécution du dit concordat.

1641. Le huitième décembre 1641, décéda à Bordeaux M. Joseph de Pomies, conseiller du roy en sa cour de Parlement de Bourdeaux, baron d'Agassac, seigneur de la maison noble de Peyres, Lamothe et autres lieux, et fut enseveli le neuvième, dans l'église de Ludon, dans le chœur de la dite église, en qualité de seigneur, par moy, David, curé.

1644. Au début de l'année 1644, messire François de Pomies, fils du précédent, conseiller du roy également et président en la première chambre des enquêtes, passa contrat avec le seigneur d'Arès, par lequel ils s'obligèrent de faire, pour l'utilité publique, le dit canal ou estey de la largeur de vingt-cinq à dix-huit pieds, suivant ce qui fut désigné et avisé par le plupart des habitants de Ludon, qui se rendirent au lieu du Despartins. Mais, avant cette époque, les sieurs d'Alesme et d'Arès, seigneurs de Parempuyre, avaient commencé des grands travaux, pour mettre leurs raux à sec. Ce que le seigneur d'Agassac considérant et que la grande inondation des eaux de Ludon venait depuis les travaux et desséchement faits dans la palu de Blanquefort, à cause que par le moyen des grandes digues, les eaux ont été rejetées aux lieux les plus bas et que le dit travail de Parempuyre se faisant, les raux de Ludon risquaient d'être de plus en plus incommodés, il décida, en exécution du contrat, de commencer l'ouverture du canal au lieu du Despartins. Pour cet effet, le dit seigneur de Pomies fut obligé de prendre quantité de terre dans son propre fonds et pré de la Rothe, acheté encore de M. le Président Pichon deux sadons de pré le long du Coulon et de faire porter quantité de pierre de taille et de ribot et autres matériaux pour construire une écluse qui fermerait et ouvrirait au montant et descendant, le tout sous l'espérance que les habitants qui ont droit de padouentage se cottiseraient entre eux pour indemniser le seigneur de la dépense, comme ils avaient déjà fait en l'année 1639. Et le dit seigneur interpella les dits habitants de satisfaire à ce qui vient d'être indiqué et de trouver argent. Puis, voyant qu'ils n'en tinrent aucun compte, le seigneur les somma et interpella par acte notarié de faire avancer la besogne pendant le beau temps, vu la grande nécessité que l'on a de faire le dit desséchement, attendu que depuis dix années on n'a tiré qu'une seule fois de la mathe et que encore pour le jourd'huy le bétail ne pouvant paccager dans les raux à cause des eaux, les dits habitants le mettant dans les prairies des particuliers, lesquelles sont toutes gâtées et mangées. Protestant le dit seigneur que s'ils ne lui mettent en mains sommes suffisantes soit pour son indemnité des prairies soit pour celle du dit canal et digue dont il entend en son particulier supporter telle part qu'il sera avisé, en égard aux possessions qu'il tient, il empruntera telles sommes nécessaires avec protestation d'icelles répéter contre les dits habitants et même de faire venir un commissaire exprès, à leurs dépens pour derechef en faire procès-verbal de l'état des lieux, nécessité du dit travail et dommages des prairies par leur bétail faute de pouvoir pacager dans les lieux inondés.

Cet acte fut fait et passé au château d'Agassac le 1er mai 1644, en présence de MM. Pierre Cajus, bourgeois de Bordeaux ; de Dominique de La CostiIIe, chirurgien, et de Pierre Micqueau, clercq, témoins à ce requis. Et ont signé à la minute avec les dits témoins, le seigneur de Pomies et Debourdeau, notaire royal en Guyenne.

Pour lire la charte des eaux de 1644, cliquez ICI.

1646. Le 6 juillet 1646, la bénédiction nuptiale a été impartie, en l'église paroissiale de Ludon, à noble Jean de Gautreteau, conseiller du roy en sa cour de Parlement de Bordeaux, et noble damoizelle Marie de Villeneuve.

1671. Le 12 février, arrêt du Conseil d'État rendu à la suite de prétentions des habitants de la paroisse de Ludon sur certaines terres d'Agassac cédées au seigneur par la transaction de 1644 – prétention dans laquelle ils furent déclarés non recevables et condamnés en outre à des dommages-intérêts en raison des voies de faits qu'ils s'étaient permises. Ces difficultés devaient se renouveler, cent ans plus tard, avec une grande violence et donner lieu à un interminable procès entre la famille de Pomies et les habitants de Ludon. Ce document offre un grand intérêt, car un sieur Martin y est indiqué comme syndic des habitants de Ludon. C'est la première fois que la charge de syndic de la paroisse est signalée. On sait qu'en 1644, au moment de la transaction, la sommation aux habitants avait dû être remise à un simple notable, Pierre Fau.

1780. Le 11 juin, supplique à Mgr Necker, ministre directeur général des Finances, transmis par M. Dupré de Saint-Maur, intendant de justice, police et finance de la Généralité de Guyenne. « Monseigneur, les habitants de la paroisse de Ludon en Médoc, sous le nom du sieur Saubolle, leur syndic, osent recourir à l'autorité de votre Grandeur pour se garantir par sa protection des malheurs qui les menacent. Par les anciens titres qui règlent les possessions du seigneur du lieu et celles des suppliants dans le marais ou la palu de Ludon, il fut cédé au Seigneur une certaine quantité de fonds, à la charge d'entretenir et laisser ouverts les fossés nécessaires pour l'écoulement des eaux de la portion des suppliants ; ces eaux devant, par la pente naturelle du terrain, passer sur la portion du Seigneur pour se rendre à la rivière de Garonne. Ces titres, quoique très exprès, ont souffert bien des obstacles dans leur exécution ; depuis plusieurs années, le passage des eaux a été gêné, elles étaient retenues la majeure partie de l'année sur les communaux et autres possessions des suppliants, les habitants du pays étaient ainsi exposés à une infection continuelle, principe d'une infinité de maladies et de la perte de bestiaux innombrables. Mais les choses sont parvenues au point que les habitants du marais qui ne pourront changer de séjour l'été prochain sont exposés au danger presque inévitable de perdre la vie. La dame de Pomies, baronne d'Agassac, dame du lieu, ne tenant aucun compte d'entretenir, et ayant même fait fermer les fossés qui servaient à l'écoulement des eaux, celles qui se sont ramassées sur la portion réservée aux suppliants et dont la superficie couvre un terrain de près de deux lieues de circonférence y séjournent depuis l'hiver dernier ; ces eaux croupies et stagnantes menacent les habitants d'une contagion générale qui peut se répandre dans toute la contrée. Les communaux sont submergés et impraticables, les denrées des terrains voisins cultivés sont absolument perdues, la communication se trouve totalement interceptée pour les secours les plus urgents de l'âme et du corps ; le curé, le chirurgien, le meunier ne peuvent aborder pendant six mois de l'année chez les habitants du marais à qui il ne reste d'autre débouché que la rivière. Ces malheureux habitants sont accablés des maladies les plus affligeantes : ulcère, obstruction, rhumatismes. Leur dépopulation est si sensible que, sur dix enfants, à peine en conserve-t-il un ou deux ; celle de la paroisse entière est telle que, lors du tirage des milices, à peine a-t-on pu remplir l'instruction de sa Majesté ; enfin, ceux des habitants qui sont sur la hauteur ou sur les derrières de la paroisse sont forcés d'abandonner leur port sur la rivière et de transporter à grand frais leurs denrées par ceux des paroisses voisines. Votre Grandeur, amie de l'humanité, toujours occupée du bien et du bonheur public, ne verra pas la situation de cette paroisse sans s'intéresser à son sort. C'est ce qui les enhardit à supplier votre Grandeur de leur accorder quelque part de sa protection pour les préserver des malheurs qu'ils ont à craindre. L'état des choses et les faits qui viennent d'être rappelés peuvent être constatés par vos ordres en peu de temps et avant la saison qui les menace des plus grandes calamités. Ils osent donc espérer qu'après les en avoir garantis par des moyens provisoires, Votre Grandeur daignera aussi leur accorder un dédommagement proportionné aux pertes immenses auxquels ils ont été exposés.

Les suppliants continueront leurs vœux pour la santé de votre Grandeur et pour sa prospérité à laquelle est attachée celle de toute la France. » Signé : Saubonne, syndic des propriétaires des communaux de Ludon. Le Chevalier, curé de Ludon.

1789. Le 28 octobre, les habitants et propriétaires de Ludon, rassemblés dans la maison de M. Lemoine, avocat, ont déclaré par devant le notaire royal à Blanquefort, Berninet, qu'ils ont été en possession constante et très ancienne de jouir et de pacager sans interruption aucune les herbes qui croissent dans la vaste étendue nommée le Padouen, de même que de celle qui est contiguë au midi, dite le Grand Arès, et plus connue communément sous le nom de marais perdu ; qu'ils en ont joui non seulement en y faisant paître leurs bestiaux, mais encore en y faisant couper la mathe pour servir d'engrais à leurs terres labourables, lorsqu'en 1773 ou 1774, Mme de Pomies entreprit de renfermer ledit Grand Arès, entreprise qui ne peut être regardée que comme une voie de fait. Et comme une pareille entreprise et le temps qui s'est écoulé depuis icelle n'a pu porter aucune atteinte au droit de propriété desdits habitants, constamment soutenue par ces actes possessoires qu'ils viennent de rappeler, considérant qu'une des grandes causes de cette entreprise a été la désunion qu'on avait eu soin d'entretenir entre les principaux propriétaires de cette paroisse, les comparants désirant faire cesser cette indivision qui ne leur a été malheureusement que trop fatale déclarent que, fermement résolus de se maintenir dans leurs dits droits, ils nomment pour leur procureur et syndic Messieurs Léon Granier et Pierre Saubolle et pour adjudants au dit sieur syndic, les sieurs Étienne Audigey et Jean Meymat, auxquels ils donnent le pouvoir d'agir tant en jugements que dehors, finalement réclamer vis-à-vis de Mme de Pomies, comme dame d'Agassac, les droits à eux appartenant, conformément aux titres qu'ils tiennent desdits Seigneurs du Château d'Agassac.

On voit, par la longue énumération des principaux habitants de Ludon mécontents, que la dame de Pomies avait trouvé moyen de faire l'unanimité contre elle. Une nouvelle manifestation de la mauvaise humeur populaire ne devait pas tarder à se manifester cette année 1789.

Pour découvrir cette liste, cliquez ICI

Paul Duchesne, La chronique de Ludon en Médoc, Rousseau frères, Bordeaux, 1960, p.81-87 et 110, 119…

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